À marée haute

Il était une fois une dame qui, en vacances, alla faire une balade sur la grève au bord du fleuve. Cet endroit était bordé d’une haute falaise impossible à escalader à main nue.

Rencontrant une jeune famille qui pêchait les écrevisses, elle salua le papa dont elle avait fait la connaissance tout récemment.  Enchanté par la température clémente et radieuse, il lui fit la remarque que, bien que le fleuve soit à marée basse, il allait encore baissé passablement.

Rassurée, la dame décida alors de prolonger sa promenade matinale, désireuse de se rendre plus loin qu’elle ne le faisait habituellement. Elle n’aurait pas à craindre de se retrouver piégée au pied de la falaise immergée jusqu’aux aisselles par la marée haute.

Elle marcha donc et marcha longtemps jusqu’à découvrir une nouvelle baie. Puis, comme elle dénicha un goéland de son rocher, ce dernier s’envola agité et affolé. Intérieurement, elle eut l’intuition qu’il serait sage de retourner à son point d’origine. Eh oui! Les goélands aussi parlent mais dans leur langage à eux.

La dame se rendit vite compte que contrairement aux affirmations du jeune papa, la marée ne descendait pas mais montait à vue d’oeil, se fiant à certains repères observés au moment de l’aller.

Marchant maintenant d’un pas alerte et rapide, elle menait une lutte acharnée contre la peur envahissante. Qui allait gagner? Les eaux menaçantes ou son courage? Bien sûr, celui ou celle à qui elle faisait le plus de place dans son esprit.

Maîtrisant la peur du mieux qu’elle le pouvait, elle se dit que ce serait plus intelligent de se préoccuper de savoir pourquoi elle s’était mise dans un tel pétrin ? En fait, elle adhérait totalement à la croyance que chacun est entièrement responsable de sa vie et des événements qui la meublent. Quelle leçon avait-elle voulu en tirer?

Elle n’allait pas mettre cela sur le dos du jeune papa. Pourquoi chercher toujours un coupable en dehors de soi? Elle n’était nullement obligée de croire tout ce qu’on lui racontait. Il lui aurait fallu se fier à son intuition intérieure au lieu de mettre exclusivement sa vie entre des mains extérieures.

Pour gagner du temps, elle tenta de marcher le plus longtemps possible sur le rivage uni même si à certains endroits, il était vaseux. Ses sandales de qualité qu’elle avait payé un joli prix était maintenant couverte de boue et complètement trempée.

Au diable les sandales! L’important n’est-ce pas elle, sa vie? Quand on a bu la tasse et qu’on a les pieds devant, les sandales sont bien inutiles! Elle regarda droit devant pour estimer la distance à parcourir ; la grève sablonneuse était déjà presque entièrement recouverte.

Il lui fallait maintenant marcher dans l’eau mouillant le bas de ses pantalons capri. Ce n’était guère l’heure de faire des caprices car le temps pressait! Surmonter les rochers glissants de tuf en strates et aux arêtes coupantes tout au long du pied de la falaise.

Quelle leçon avait-elle voulu en tirer? Elle se mit à réfléchir à la symbolique de la situation. L’eau, c’est connu, est un symbole universel représentant les émotions. Un lien s’établit immédiatement dans son esprit avec une situation actuelle qui lui en faisait baver. Elle vivait de la colère dévastatrice.

Oui, elle se laissait carrément immerger par les émotions au lieu d’élever sa conscience au-dessus et rester maître d’elle-même. Ses pensées négatives la menaient ainsi par le bout du nez. Alors elle allait accepter de s’élever, et escalader ces fameux rochers bien que difficiles à parcourir.

Heureusement, en éloignant la peur et en faisant face à cette part d’elle-même qui préférait la colère à l’élévation, elle put s’en sortir plus riche qu’avant ayant compris le message caché derrière le défi.

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